Carnet d'hiver
Ardoise, schiste et tuffeau : lire les villages d'Anjou
On traverse souvent les villages sans vraiment les regarder. Pourtant, en Anjou, il suffit de lever les yeux vers un mur ou un toit pour savoir sur quel sol on se trouve.
Les Angevins parlent volontiers de deux Anjou : l'Anjou noir et l'Anjou blanc. La différence tient à la pierre. À l'ouest, autour d'Angers et vers la Bretagne, le sous-sol est fait de schistes sombres et d'ardoise. À l'est, vers Saumur, on entre dans le pays du tuffeau, une pierre calcaire claire, tendre, presque crème. Entre les deux, les villages mélangent souvent les matériaux, et c'est ce qui les rend si intéressants à observer.
L'Anjou noir : schiste et ardoise
Angers elle-même a longtemps été surnommée la « ville noire », à cause de ses toits et de certains de ses murs. Le château, avec ses grandes tours rayées de bandes sombres et claires, en est l'exemple le plus connu. L'ardoise extraite dans la région, notamment du côté de Trélazé, a couvert des toits bien au-delà de l'Anjou.
Dans les villages du nord d'Angers, on retrouve cette palette : des murs de moellons irréguliers, gris-bleu ou rouille, assemblés à la chaux, et des toits d'ardoise très pentus. Les granges et les longères les plus anciennes ont souvent des ouvertures encadrées de pierres plus claires, un détail qui trahit le mélange des matériaux.
L'Anjou blanc : le pays du tuffeau
Plus on va vers l'est, plus les façades s'éclaircissent. Le tuffeau se taille facilement, ce qui a permis de construire des encadrements soignés, des lucarnes sculptées et de grandes façades régulières. Il a aussi été extrait directement dans les coteaux, laissant derrière lui des caves et des galeries qu'on appelle les troglodytes. Autour de Saumur, de Montsoreau ou de Fontevraud, certaines maisons sont à moitié creusées dans la roche.
Ce tuffeau a un défaut : il est fragile. On le voit sur les vieux murs, où la pierre se creuse et s'effrite par endroits. Les restaurations récentes se reconnaissent à leur blancheur, qui s'estompe peu à peu avec les années.
Ce qu'on remarque en chemin
Au-delà de la pierre, les villages angevins partagent quelques éléments familiers qu'on apprend vite à repérer :
- Les lavoirs, au bord d'un ruisseau ou de la rivière, parfois abrités sous une charpente légère.
- Les moulins, à eau le long du Loir et de ses affluents, à vent sur les hauteurs, souvent réduits aujourd'hui à une tour sans ailes.
- Les croix de chemin, en pierre ou en fer forgé, à l'entrée des bourgs et aux carrefours.
- Les manoirs, reconnaissables à leur tourelle d'escalier, cachés au bout d'une allée ou au milieu des champs.
- Les boires, ces bras morts de rivière qui ne se remplissent qu'en période de hautes eaux.
Le cas des villages du Loir
Le long du Loir, entre Anjou noir et Anjou blanc, les bourgs se sont souvent développés autour d'un pont, d'un gué ou d'un château. Certains noms de lieux gardent la trace de cette histoire : Villevêque rappelle ainsi que les évêques d'Angers y possédaient autrefois une demeure. Dans ces villages, on trouve à la fois de l'ardoise sur les toits et des encadrements de tuffeau, preuve que la pierre voyageait déjà par la rivière.
Le plus agréable est de flâner sans programme. Une petite rue qui descend vers l'eau, un portail entrouvert sur une cour de ferme, un cadran solaire presque effacé sur un mur d'église : ce sont ces détails, plus que les monuments, qui donnent leur caractère aux villages.
Un conseil
Beaucoup de belles demeures sont des propriétés privées. On les admire depuis la route, sans entrer dans les cours ni photographier les habitants.